Fake it ’til you make it

Temps de lecture : 3-5mn

Je m’appelle Miléna et j’ai 32 ans. Je suis une adulte. J’ai beau l’écrire ou le dire, ça me semble toujours aussi peu réaliste. J’ai l’impression de vous arnaquer, de faire semblant, de ne pas avoir la légitimité de le prétendre (non mais pour qui je me prends, moi la jeunette là ?!).

Je ne veux pas rentrer dans un débat sur les générations (cela me sidère toujours un peu que notre génération soit aussi critiquée par celles qui l’ont éduqué mais soit, il paraît que c’est un schéma assez classique dans la société et nous sommes tous dans le jugement, c’est humain). Mais je me demande souvent ce que c’est réellement que de devenir adulte.

(C’est même la toute première idée de note que j’ai eu pour ce blog.)

Parfois, j’ai l’impression de faire partie d’une génération adulescente.
Déjà parce qu’on le dit beaucoup (ces jeunes qui ne veulent pas grandir, etc…) mais je reconnais que je ressens, autour de moi, beaucoup de nostalgie liée à l’enfance et une sorte de mélange étrange situé entre l’ado et l’adulte en chacun de nous.

Je paye mes impôts et mon loyer, je conduis ma voiture, mais je regarde des Disney et je mange des Mister Freeze, mon mec m’a offert un Tamagotchi Edition 20 ans l’an dernier et le Poudlard en LEGO® me fait grave envie.

Depuis des années, je me suis renseignée sur la génération Y et sur l’adulescence. A vrai dire, l’adulescence est plus « violente » que ce que vit notre génération donc ce terme me déplaît un peu : on est sur une vraie fuite de la réalité et des responsabilités et si c’est votre cas, nous sommes sur un tout autre problème. Je ne fuis pas mes responsabilités. D’ailleurs, j’en ai des responsabilités sans pour autant me sentir légitimement adulte.

Mais du coup, c’est quoi être adulte, concrètement ?

Est-ce qu’on devient soudainement adulte en atteignant la majorité ? Ou est-ce que ça arrive quand on quitte le nid familial pour vivre chez soi ? Ou quand on a trouvé notre premier emploi durable ? Quand on se marie, ou quand on a des enfants ?

Je me retrouve beaucoup dans un extrait de L’Éloge de la Névrose qui est une excellente BD de Leslie Plée.

Tout comme elle, quand je me compare à ma mère, j’ai du mal à me sentir adulte. Déjà, parce qu’elle est ma mère et que je suis son enfant. Mais je n’ai pas l’impression que cette filiation empêchaient nos parents de se sentir adultes.

A mon âge, ma mère :
• était déjà mariée,
• avait deux enfants,
• était propriétaire,
• et en CDI.
Je n’ai rien de tout ça mais :
• je suis autonome,
• je travaille,
• je peux expliquer raisonnablement pourquoi je ne veux pas d’enfants,
• je suis sur le bail de mon appartement,
• j’ai une assurance,
• je paye mes factures etc.

S’agit-il simplement du syndrome de l’imposteur ?

J’en souffre très clairement (et c’est d’ailleurs, ça aussi, très générationnel) mais que je me sente adulte ou non, il faut admettre que j’ai encore parfois des activités ou des centres d’intérêts très liés à mon enfance ou mon adolescence.

On dit que notre génération ne grandit qu’à moitié car nos parents ont été trop complaisant avec nous. Je ne suis absolument pas d’accord avec cette théorie qui fait indirectement l’apologie des violences ordinaires.
D’ailleurs, j’aurais même tendance à penser exactement le contraire. Je pense que nous sommes trop dans l’attente d’être reconnus par nos parents et qu’à défaut d’obtenir leur approbation, nous restons entre deux phases.

Je pose tout ceci comme ça, je pose beaucoup de questions et, en vérité, je n’ai aucune réponse à apporter. Mais dans le fond, est-ce si important ? Si tant est que nous prenons nos responsabilités à bras le corps, est-ce si grave de garder une part de nostalgie enfantine au fond de nous ?

En ce qui me concerne, j’ai décidé de faire semblant en attendant que ce soit une réalité : c’est ce qu’on appelle de l’adultisme (mimétisme d’un comportement adulte). Et je vous renvoie vers l’excellent article de MadmoiZelle qui a inspiré le titre de cette note : Fake it until you make it!

Source : On en a gros.

On devient pas chef parce qu’on le mérite andouille ! On devient chef par un concours de circonstances, on le mérite après ! Moi, il m’a p’tet fallu dix ans pour mériter mon grade, si pas vingt. Tous les jours, j’ai travaillé pour pas nager dans mon uniforme. Y a pas trente-six solutions. Arturus ? Hein ? Fais semblant ! Fais semblant d’être Dux. Fais semblant de mériter ton grade. Fais semblant d’être un grand chef de guerre. Si tu fais bien semblant, un jour tu verras, t’auras plus besoin !

Pierre Mondy dans Dux Bellorum, Kaamelott, Livre VI épisode 5. Ecrit par Alexandre Astier en 2009.

Et vous, vous vous sentez adulte ?

Auteur : Maï Felidae

Bretonne pur beurre, Potterhead, féministe. Amoureuse des livres, accro aux séries, au thé et aux chats. Rennes, FR.

8 commentaires

  1. Je me reconnais pas mal dans ce que tu dis mais personnellement je me considère comme totalement adulte. Oui j’ai 30 ans, je ne veux pas d’enfant et actuellement je regarde les Simpson pendant que mon chéri joue à un jeu vidéo. Et alors ça dérange qui? On travaille, paie nos factures et nous avons pleins de projets. Je vois les mêmes différences entre moi et mes parents mais pour moi être adulte c’est avoir plus de 18 ans, être autonome et avancer dans la vie. Personne nous oblige à avancer tous dans le même sens à partir du moment où on s’épanouit personnellement.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire !
      Je crois qu’on partage le même vécu mais qu’on ne l’appréhende pas de la même manière. Je pense que c’est dû aux adultes qui m’ont entouré et qui m’ont peut-être laissé croire qu’il n’y avait qu’une manière de devenir adulte et qu’elle était similaire à la leur. Le commentaire de Cyril est très intéressant pour en parler d’ailleurs.
      Pour être honnête, j’ai rencontré et je côtoie encore des personnes qui sous-estiment notre génération, qui sont dérangés par notre manière d’être adulte. Mais tout comme toi, je me dis de plus en plus, « mais en quoi ça dérange ? ». Peut-être est-ce le premier pas pour me sentir vraiment adulte.

      J'aime

    1. Tout fout le camp (et à priori c’est de ta faute, donc). :D*
      De la part de nous tous sur Terre : merci d’endosser cette responsabilité. 🙂

      J'aime

  2. T’es en plein dans le concept d’adulescence, forgé par les sociologues pour transcrire les angoisses existentielles de ce genre. D’après mes souvenirs, qui sont ce qu’ils sont, avant, être adulte, c’était être reconnu tel par les autres et cette reconnaissance passait par une forte ritualisation des étapes par lesquelles on le devenait (je pense au trousseau constitué progressivement pendant l’enfance qui permettait à la jeune fille, à son mariage, de commencer tout de suite avec ses « affaires d’adulte bien à elles ». Mais évoquer ces différences ne nous aident en rien. Pour nous, tout va dépendre du concept d’adulte que l’on va se forger. Si c’est un concept économique (indépendance financière et responsabilités) ou un concept culturel (être adulte, c’est avoir des goûts d’adultes). Tu oscilles entre les deux. On pourrait peut-être en trouver d’autres, comme un concept familial que tu évoques un peu (être adulte, c’est ne plus être l’enfant dans la famille, le dernier né, mais devenir parent), ou un concept historico-existentiel, qui consiste à dire qu’il nous faudrait vivre la guerre pour pouvoir être adulte. Mais passons.
    La vraie question est de savoir si nos parents avaient des goûts d’adultes ou juste des goûts d’un autre âge. Mon père écoutait Johhny et possédait des albums rares de lui, mais c’était le chanteur de son adolescence. Il regardait les films d’horreur et d’actions minables qu’il louait avec autant d’enthousiasme que nous au vidéoclub. Culturellement parlant, il partageait nos habitudes. Il essayait de jouer aux jeux-vidéos mais n’a jamais réussi à s’en sortir avec les touches de la manettes et n’a jamais vraiment joué qu’à cause de ça. Culturellement parlant, il avait pas des goûts d’adultes, mais les goûts de sa classe d’âge (le pmu et la pétanque) et de sa classe sociale (le cinéma populaire et de genre plutôt que l’opéra). Le concept culturel d’adulte est certainement un mauvais concept et ne devrait pas être utilisé.
    Reste un concept familial, peut-être plus normatif que descriptif, et un concept économique, plutôt insatisfaisant. Mais qu’il soit insatisfaisant n’est pas une raison de l’abandonner ou de chercher à le compléter : c’est peut-être tout simplement qu’être adulte ou non n’est pas ce qui devrait nous définir.

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci pour ton commentaire très intéressant et c’est agréable d’avoir le point de vue d’une personne aussi portée sur la philosophie et la sociologie que toi.
      Je crois que c’est là que le bât blesse : être reconnu en tant que tel par les autres adultes. J’ai l’impression que notre génération manque de cette reconnaissance et je me reconnais vraiment quand tu parles d’entre-deux. Je m’émancipe assez pour grandir différemment, mais pas assez pour me passer de cette reconnaissance.
      J’ai beaucoup de mal également avec l’idée d’être vue comme une adulte en devenant parent. Pour moi qui ne souhaite pas avoir d’enfant (pour le moment et probablement définitivement) : serais-je donc toujours une adulescente ?

      Enfin je crois que je le sais au fond de moi : je suis une adulte. Mais j’ai l’impression d’imposter quelqu’un en prétendant à ce titre, c’est tellement complexe et étrange.

      J'aime

  3. Rien que le titre, c’est une phrase que je me dis souvent et qu’il m’est arrivé de dire également.
    Je te rejoins sur le fait de ne pas se sentir légitime. Mais dans mon cas, c’est plutôt au boulot que par rapport à ma mère. (avec qui on regardait dessins animés et séries avec avidité)
    Je suis, une nouvelle fois, la petite jeune par rapport à toute l’équipe, ce qui est pratique pour se faire bien voir et pouvoir demander de l’aide sans être qualifiée d’incapable. Mais, ma manager a 2 casquettes avec moi, celle de manager et celle de maman, (j’ai l’âge d’être la fille qu’elle n’a pas eu). J’ai essayé d’exploiter cette situation, qui m’avantage à chaque fois, mais ça commence à me peser malgré tout.
    Je ne demande pas plus de responsabilités que ce que j’ai déjà. (dans mon cas, plus de responsabilités, veut dire gros problèmes en cas d’erreur avec à faire à la justice, en plus de perdre mon travail)
    Mais je sens un maternalisme constant qui commence à me fatiguer. J’ai plus 20 ans, j’ai emmagasiné un paquet d’expérience, faut arrêter de me répéter les choses comme je le fais pour mes enfants qui, eux, en ont toujours besoin.
    Je suis encore 10 ans plus jeune, au minimum, pas non plus gonflée d’ambition de grandeur, mais j’aimerais me sentir légitime au sein de l’équipe.

    En attendant, c’est Fake it until you make it, je fais comme si ça ne m’atteignait pas jusqu’au jour où je n’en aurais plus rien à faire. 😅💪

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce point de vue très intéressant également et que je n’ai pas du tout songé à aborder. Pourtant, maintenant que tu le dis, j’ai toujours eu à « faire mes preuves » pour gagner la confiance de mes collègues et responsables : prouver que je sais, que je suis professionnelle et capable. Et je ne te parle pas des clients ou usagers qui me pensent inapte car je fais trop jeune.
      C’est vrai que ça peut avoir ses avantages mais c’est assez frustrant. Sache que je te comprends. ❤️

      J’ai l’impression qu’on est dans une génération non seulement différente mais également dont on attend beaucoup (les autres et nous même !). Peut-être qu’on devrait juste lâcher prise et se dire que « fake it ’til u do it » c’est bien car tu es toujours dans une démarche d’amélioration.

      Bon courage avec ta manageuse ! 😘

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s